CHAPO Tapiwa

A travaillé en 2006 sur l’Imaginaire du Fleuve

(Œuvre réalisée entièrement avec des outils à main)

Tapiwa a choisi de représenter la légende de « son » fleuve. Celui au bord duquel il a grandi en pays Tonga. Avec un style très « africain », il renforce son attachement à son pays par des incrustations de serpentine noire importée directement des carrières zimbabwéennes. Ce faisant, il confère une grande force ainsi qu’une belle présence aux personnages et aux animaux qui composent cette œuvre très personnelle, puissante et naïve, empreinte de respect pour la tradition. Voici l’histoire qu’il nous raconte :

Le Nyaminyami (Zambèze Dieu) est une créature légendaire zimbabwéenne imaginée par le peuple Tonga. Une sorte de dragon avec un torse de serpent et une tête de poisson. Le Nyaminyami réside vraisemblablement dans le Zambèze, du côté des gorges de Kariba. Il contrôle la vie dans et sur le fleuve. Pendant des siècles, le peuple Batonga a vécu paisiblement sur les rives du Zambèze sans beaucoup de contacts avec le monde extérieur. Des gens simples qui croyaient que leurs dieux veillaient à leur offrir eau et nourriture en suffisance.

Au début des années 1940, les deux pays riverains du Zambèze – la Rhodésie du Nord devenue la Zambie – et la Rhodésie du Sud devenue le Zimbabwe – étudient la possibilité de construire un barrage aux fins de produire de l’électricité en commun. Sous la tutelle du colonisateur britannique, en 1950, le chantier du barrage de Kariba commence. Le fleuve Zambèze ne tardera pas à être dompté… Les énormes engins rugissent dans la vallée, arrachant des milliers et des milliers d’arbres centenaires. Des nuées d’ouvriers affluent de toute part, de véritables villes poussent pour les héberger.

La paix des Batonga a vécu. Leur isolement rompu, ils doivent s’éloigner pour ne pas se retrouver engloutis par le lac de retenue.

Le nom de Kariba vient du mot Kariva, qui signifie piège. Il fait référence à un éperon rocheux qui s’avance dans la gorge où le barrage doit s’ancrer. Les Batonga pensaient justement que Nyaminyami habitait sous cette roche colossale.

En 1957, le barrage étant en bonne voie d’achèvement, Nyaminyami a frappé. Les pires inondations jamais connues sur le Zambèze ont emporté une grande partie de la digue en voix d’achèvement, culbutant les équipements lourds et tuant de nombreux ouvriers. Les anciens ont expliqué que Nyaminyami avait causé la catastrophe, et que sa colère exigeait des sacrifices pour s’apaiser. Après la catastrophe, les ingénieurs étudièrent les modes d’écoulement du fleuve. Ils ont conclu qu’une inondation d’une telle intensité ne pouvait se produire qu’une fois tous les mille ans. Pourtant, l’année suivante, la saison des pluies a provoqué une inondation pire que la précédente. Nyaminyami avait frappé de nouveau, détruisant le batardeau, le pont d’accès et de parties du mur principal.

Malgré les efforts de Nyaminyami, le projet a survécu et le Zambèze a finalement rendu les armes si bien qu’en 1960, les turbines ont pu fournir de l’électricité au Zimbabwe et à la Zambie. Les Batonga qui vivent encore sur les rives du lac Kariba pensent qu’un jour Nyaminyami tiendra sa promesse et qu’ils retourneront dans leurs maisons au bord du Zambèze.

Ils sont persuadés que le génie du fleuve et son épouse ont été séparés par le barrage et que les fréquents tremblements de terre ressentis depuis dans la région sont causés par Nyaminyami essayant de rejoindre sa femme.

Un jour, c’est sûr, il détruira ce maudit barrage…

Pays d’origine : Zimbabwé

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